Interview Skipper Fabrice Amedeo
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Nouveau mécénat environnemental : découvrez l'interview du skipper Fabrice Amedeo

Nous apportons désormais notre soutien à l’université de Bordeaux pour le projet de recherche « Vendée Globe – Microplastiques » du skipper Fabrice Amedeo. Très engagé, le marin a répondu à nos questions : amour de l’océan, préparation physique et mentale, résilience et dépassement de soi… Fabrice Amedeo nous délivre des messages forts en images !

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Retrouvez l'interview de Fabrice Amedeo retranscrite ci-dessous. 

Je suis en première ligne avec mon engagement sur mon bateau, mais sans vous, l'analyse des microplastiques ne serait pas possible. 

Merci de soutenir ce projet, c'est très important pour nous tous. 

J'ai malheureusement dû arrêter mon Vendée Globe. Le bateau va bientôt repartir en convoyage vers la France et poursuivre les prélèvements microplastiques le long de l'Afrique, notamment pour avoir une vue exhaustive de la situation de notre grand océan Atlantique. 

D'où vient cette passion pour l'océan et cet engagement pour le protéger ?

Ma passion pour l'océan, remonte à ma plus tendre enfance. Mon père a acheté son premier bateau lorsque j'avais 3 ans et même si finalement j'ai eu une vie de terrien assez lambda : je suis allé à l'école, j'ai fait des études, j'ai démarré une carrière de journaliste..., j'ai quand même eu l'impression de passer une grande partie de ma vie sur un bateau. Cette passion m'a donc toujours animée et c'est elle qui m'a fait quitter il y'a quelques années le métier de journaliste pour me consacrer pleinement à ce métier de marin.

Et cet engagement fort pour protéger l'océan a été assez tardif, ça fait seulement 2-3 ans que vraiment j'ai envie de m'engager. Je pense qu'il y a eu un vrai déclic sur le dernier Vendée Globe qui était mon premier. Au retour je me suis dit "bon c'est super, tu as réalisé le rêve d'une vie, tu es monté en haut de ton Everest personnel, maintenant quel sens as-tu envie de donner à ta vie de marin ?". Et j'ai eu envie de m'engager parce qu'aujourd'hui on ne peut plus faire comme si de rien n’était, on ne peut plus être marin sans se préoccuper de la situation de nos océans. Je suis de plus en plus témoin de leur pollution, j'ai l'impression que cela se dégrade et j'ai donc eu envie d'apporter ma maigre pierre à l'immense édifice de tout ce qu'il faudrait faire.

Quelle est la genèse du projet "Vendée Globe - Microplastiques" en particulier ?

Le projet "Microplastiques" est venu du fait que je me suis renseigné assez rapidement sur ce que je pouvais apporter moi en tant que marin. Pour apporter ma contribution, finalement, à ce combat qui devrait être celui de tous.

J'ai entendu parler de ces capteurs, notamment Boris Herrmann qui est un concurrent allemand qui avait un capteur CO₂ salinité, il m'a mis en relation avec une société allemande qui s’appelle la société SubCtech et assez rapidement je me suis porté acquéreur de ce premier capteur CO₂ salinité et j'ai tout de suite vu qu'il y avait un capteur microplastiques. On m'a dit qu'il était très compliqué à manipuler en solitaire et que c’était plutôt pour de la course en équipage. J'ai un peu investigué et je me suis rendu compte que c'était tout à fait jouable en solo et que je me sentais capable de faire ça sur le Vendée Globe. Donc assez rapidement, j'ai eu envie de me lancer dans cette aventure, mais faire des relevés c'est bien sympathique mais ça n'a aucun intérêt si c'est juste faire des relevés pour faire des relevés. C'est à ce moment-là que l'Ifremer et l'université de Bordeaux sont rentrés dans la boucle et ont manifesté leur intérêt pour mon parcours et pour les données et que donc le projet est né, et donc la bonne nouvelle maintenant c'est que Sogeti est avec nous et qu'on va pouvoir faire plein de choses passionnantes. Notamment étudier ces relevés, en tirer des conclusions et j'espère pouvoir prendre la parole sur tout ça et sensibiliser les terriens à la fragilité de nos océans.

Sur ce Vendée Globe, comment avez-vous réussi à allier compétition sportive et expédition scientifique ?

En fait, c'est assez simple de conjuguer ces 2 dimensions puisque je suis sur un bateau de course et donc je me dépasse au quotidien, et quelques minutes par jour, je dois changer les filtres à bord et j'ai trouvé que ce n'était pas si compliqué que ça. C'est vrai qu'il y a des moments où j'étais vraiment épuisé par ma course et moralement. Il faut donc trouver les ressources nécessaires pour se dire : "Allez, au lieu d'aller dormir tu vas aller t'occuper de tes filtres". Mais globalement j'ai trouvé ça relativement simple. Je dirais que les 2 dimensions sont complémentaires parce que, bon là malheureusement j'ai arrêté, mais dans les moments vraiment difficiles de mon Vendée Globe sur la descente de l'Atlantique le sens que je donnais finalement à mon parcours de temps en temps n'était plus un sens sportif mais le sens de notre projet. Parce que c'est lui qui prenait le dessus et c'est lui qui me donnait la motivation pour m'accrocher et pour  poursuivre malgré les difficultés.

Pourquoi est-ce important que des entreprises s’engagent pour la préservation de l’environnement ?

C'est hyper important que des entreprises s'engagent pour la préservation de l'environnement comme Sogeti, encore un grand merci à vous tous, parce qu'en fait sans argent malheureusement  on ne peut pas faire grand chose. Alors on peut bien sûr monter des petites opérations pour nettoyer des plages, on peut faire plein de choses. Je pense que les citoyens peuvent faire énormément de choses mais il y a quand même un moment où il faut passer par le soutien des entreprises, par des fonds privés pour avoir des projets d'envergure. Notre projet je ne sais pas si on peut dire que c'est un projet d'envergure il faut rester humble. Mais en tout cas c'est un projet très ambitieux, c'est un projet cher, les capteurs coûtent cher. Ils ont coûté très cher à mes partenaires et l'analyse des données coûte aussi cher et est compliquée à organiser pour les laboratoires concernés. Et donc, c'est très important d'avoir un soutien d'entreprises privées. Donc encore un grand merci à Sogeti ! 

Quelle a été votre préparation physique et mentale ?

J'ai fait une préparation physique avec un coach selon 3 axes : un axe musculation, un axe gainage et un axe cardio. Sur la préparation mentale, en fait je n’ai pas fait de préparation mentale. En 2016, mon Vendée Globe s'était très bien passé et j'avais découvert en moi des trésors de résilience que je n'imaginais pas et donc je suis parti sur ce Vendée Globe en capitalisant là-dessus et en me disant que ma passion de l'océan était suffisante et le feu sacré qui était en moi était mon moteur et ma ressource mentale.

Finalement avec ce retour 4 heures après le départ, ces 2 jours et demi à quai, ce re-départ, des conditions météos vraiment très très difficiles pour moi, pas forcément par la force du vent mais plutôt parce que les portes se fermaient et que inexorablement les concurrents de devant partaient et avançaient. Je me suis rendu compte que j'avais un peu négligé cette partie-là, que je ne m'étais pas forcément préparé à gérer autant de frustration, à gérer l'échec. Cela va être un de mes grands axes pour les mois à venir et pour revenir plus fort en 2024.

Que retenez-vous de ce Vendée Globe ?

Ce que je retiens de cette expérience, c'est que j'ai un projet sportif qui m'anime, avec l'ambition de m'améliorer et je pense déjà à 2024, avec l'ambition de revenir plus fort. Mais on a aussi ce projet scientifique, océanographique qui est très fort de sens, qui donne vraiment du souffle à mes navigations. Pour moi, il est évident qu'il faut que la course s'arrête, mais il faut rebondir et poursuivre ces prélèvements sur l'Atlantique pour essayer au maximum de tirer parti de ce qu'aura été ce Vendée Globe pour moi. Je suis très content de pouvoir faire ces mesures le long de l'Afrique et jusqu'en France sur le retour. 

Un message de résilience à faire passer ?

Je pense que dans les situations difficiles, il y a toujours un moment où l'on voit le bout du tunnel. J'ai été assez désespéré dans le début de l'Atlantique Sud avec l'anticyclone de Sainte-Hélène. J'ai raté à quelques dizaines de milles près une dépression qui a vu les concurrents de devant partir et me mettre énormément de milles dans la vue, alors que je leur avais repris pas mal de distance à la sueur de mon front. Cela a été un moment de désespoir absolu. J'ai du coup été piégé longtemps dans l'anticyclone de Sainte-Hélène donc ça a été une vraie torture psychologiquement. Et puis, à la sortie de cet anticyclone, un jour, j'étais tribord amure, le vent venait de ma droite, je faisais un bord vers le sud... et tout à coup, j'ai vu un nuage, et sous ce nuage, une montagne... C'était Tristan da Cunha, un volcan au milieu du désert océanique, et ça a été la récompense que m'a envoyée l'océan, au sortir de toutes ces difficultés, ça a été un grand moment de bonheur, c'était absolument magnifique. Il y a quand même des moments où la vie nous envoie des récompenses, c'est ça qui fait sa magie, et qui donne envie de se battre pour mériter d'autres récompenses et d'autres moments de bonheur. C'est pour ça que je repartirai sur le Vendée Globe. 

Le Vendée Globe, course en solitaire ou aventure en équipe ?

Je dis toujours que je pars en solitaire mais que je ne suis jamais seul. Je suis seul sur mon bateau mais j'ai une équipe derrière moi qui a préparé le bateau en amont, et puis j'ai une équipe qui est là aussi pour m'assister s’il y a des problèmes. Parce que la notion d'assistance sur le Vendée Globe, c'est de l'assistance physique, je ne peux pas être aidé pour réparer quelque chose, par contre mon équipe peut m'envoyer un plan de réparation ou m'expliquer comment réparer un élément.

Donc, je suis seul sur mon bateau, seul face aux éléments, seul face à moi même, mais j'ai une super équipe qui est derrière moi et que je remercie parce qu'on a pas eu un Vendée Globe facile mais ils ont été là pour moi.

Rendez-vous dans 4 ans pour aller dans les mers du Sud et mener à bien, et ce projet sportif qui m'anime et cette quête d'informations importantes sur l'état de nos océans tout autour de l'Antarctique.

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